Chaire Solange Parvaux

La chaire Solange Parvaux a été créée pour honorer la mémoire de Solange Parvaux, Professeur à la Sorbonne Nouvelle, devenue Inspectrice générale du Portugais. Elle a œuvré à instaurer l’enseignement du Portugais dans l’Enseignement secondaire.

La chaire Solange Parvaux encourage et valorise les actions conduites en faveur de l’enseignement du Portugais et de la valorisation de la lusophonie en France.

 

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Hommage à Solange PARVAUX

 

Solange Parvaux : quand on a eu la chance de la connaître, on ne peut pas l’oublier. On se souvient de son dynamisme, de son énergie, de sa curiosité, de sa générosité, de ses enthousiasmes et bien sûr de son dévouement absolu à la cause de la langue portugaise.

La première fois que je l’ai vue, c’était pendant l’été 1967, à Lisbonne, à la Bibliothèque Nationale, qui était encore sur l’actuel Largo da Biblioteca Pública. Georges Boisvert me l’avait présentée, et nous sommes allées manger ensemble à la cafeteria des Grandes Armazéns do Chiado, qui n’avait pas encore brûlé…

Elle enseignait alors le portugais à Alger, à l’Université. Nous nous sommes revues à Lisbonne l’été, jusqu’à ce que nous nous retrouvions toutes les deux à Paris 3 en 1970, dans le sillage de Raymond Cantel. Dès cette année-là, Solange a été sensible au sort des familles portugaises expatriées dont les enfants ne pouvaient pas étudier leur langue au sein de l’enseignement public. Sans tarder, elle a entrepris une enquête dans les familles de la région parisienne, aidée surtout par deux de nos lecteurs de l’époque, Jorge Dias da Silva et Maria de Lourdes Crispim, afin d’obtenir des demandes d’ouverture d’enseignement dans les collèges. Il fallait aussi sensibiliser à la question les chefs d’établissements. Il fallait encore faire le siège des services du Ministère de l’Education. Solange savait qu’il fallait quinze demandes au moins pour obtenir ces ouvertures. Mais elle a fait valoir que les enfants d’origine portugaise devaient, à l’école, apprendre le français et en plus étudier une langue étrangère, ce qui les frappait d’une double peine. L’argument a porté, on n’a exigé que sept demandes pour ouvrir un enseignement en portugais.

Du coup, il fallait former des professeurs : c’était la suite logique de l’action précédente. Jusqu’en 1974 au moins, Solange a mené de front sa charge d’enseignement à Paris 3 et ses courses incessantes dans les familles, les collèges et lycées, au Ministère, avant d’être chargée d’une mission d’inspection avec un demi-service d’enseignement, et enfin d’être nommée Inspectrice Générale. Pendant ces années, entraînant ses collègues, elle avait fondé l’ADEPBA, et réussi à faire créer le CAPES, puis l’Agrégation, ce qui donnait à l’enseignement du portugais en France un statut égal à celui des autres langues vivantes étudiées dans les établissements publics.

Les années ont passé. Solange, infatigable, parcourait la France au gré des inspections, sans pour autant négliger ses amis, les enseignants du secondaire ou de l’Université. Un de ses grands succès a été l’organisation de voyages de formation, au Portugal, puis au Brésil. Il y en a même eu un au Cap-Vert et un au Mozambique… Et il y a eu les participations à Expolangues, aux Belles Étrangères, les Assises du Portugais, les colloques sur les Images Réciproques France-Portugal et France-Brésil, etc.

Un jour, pourtant, elle a dû prendre sa retraite. Mais elle n’en avait pas fini avec ses activités. Elle partageait son année entre Lisbonne et Paris. A Lisbonne, elle avait trouvé un appartement juste en face de la Fondation Gulbenkian, avenue de Berne, et considérait le parc de la Fondation comme son jardin : elle n’hésitait pas à faire remarquer aux administrateurs qu’il était temps de tondre les pelouses ! Une année, en 2001, je crois, je suis allée chez elle en avril, après quelques jours de pluie torrentielle, ce qui l’avait mise de très mauvaise humeur. Comme le temps s’arrangeait, nous sommes parties pour un long week end en Algarve. La traversée de l’Alentejo a été un enchantement : après la pluie, tout était vert et fleuri, et nous n’avions jamais vu l’Alentejo aussi riant. Il fallait s’arrêter tous les quarts d’heure pour permettre à Solange, émerveillée, de photographier des prairies multicolores. Elle ne s’en lassait pas. Et en Algarve, c’étaient les cheminées. Je me rappelle aussi un déjeuner dans un petit restaurant au bord de la mer, au milieu de marguerites jaunes et blanches.

Et puis, il y a eu la maladie. Et je considère que Solange a eu un comportement exemplaire, parce qu’elle a toujours refusé de se laisser abattre. Jusqu’à ses derniers jours, elle a travaillé à son lexique de portugais, elle embauchait ses visiteurs pour corriger les épreuves quand elle avait du mal à tenir son crayon, et elle a réuni famille et amis pour le lancement, dix jours avant sa mort.

Active et admirable jusqu’au bout. Telle a été Solange Parvaux. Je suis heureuse d’avoir pu la connaître et être son amie.

Anne-Marie Quint

CREPAL – Vendredi 1er décembre 2017